« Lettre d’information sur les propos infondés
d’une prétendue « nouvelle Province » rectifiée »
par les Héritiers de Jean-Baptiste Willermoz

Silhouette de Jean-Baptiste Willermoz, Ms 5426, pièce 2. Bibliothèque municipale de Lyon.
Les évènements récents intervenus dans la sphère du Rite écossais rectifié ont amené les signataires de la présente à rédiger le texte développé ci-après. Ce texte fait suite à un récent mémoire de juillet 2026, « Zurich vs Genève : deux transmissions, une seule légitimité », publié par la soi-disant toute nouvelle « Ve Province de Bourgogne » (sic) et son pseudo « Collège Métropolitain des Grands Profès en France » (re-sic). Ce mémoire – appuyé par des livres publiés aux éditions Modestia – affirme que seule cette « Ve Province » détiendrait la transmission authentique du Régime écossais rectifié, par la filière Willermoz ? Saltzmann ? Zurich ? France (1960), et déclare illégitimes toutes les filiations issues de Genève, c’est-à-dire de fait toutes les structures rectifiées françaises actuelles.
Le présent texte en forme de réfutation sy,thétique, pose une seule question : la thèse soutenue est-elle établie sur des sources que l’on peut consulter et ces sources, quand elles sont consultables, sont-elles respectées ?
- La thèse examinée.
Le mémoire pose qu’une transmission n’est valide que si elle unit une chaîne vivante d’initiés et un dépôt doctrinal complet en trois classes, dont un grade terminal, le « Grand Profès Réau ✠ » (sic) ; Jean-Baptiste Willermoz aurait conféré le grade de Réau ✠ à Saltzmann le 22 septembre 1816 et le strasbourgeois l’aurait intégré à la Grande Profession dans le grade de Grand Profès Réau ✠. Puis, un « dépôt central » de la Grande Profession aurait été établi à Zurich dès mars 1818, faisant de cette place le dépositaire général de la Grand Profession. La convention de dépôt des archives de la Ve Province, mise en sommeil en 1828, n’en serait que la formalisation. Genève serait alors disqualifiée : les transmissions de la Profession de Besançon à des Genevois seraient illicites, et la patente donnée par Joseph-Antoine Pont en 1830 serait une « fiction statutaire ». Enfin, le dépôt zurichois aurait été restitué en France en 1960 « sans transiter par Genève ». D’où la conclusion que seule la Ve Province nouvellement créée ex nihilo jouit de la légitimité et peut « régulariser » les autres. Notons que les affirmations les plus décisives de la soi-disant démonstration renvoient à un fonds privé inaccessible et sont en conséquence invérifiables, procédé qui permet de faire dire ce que l’on souhaite à l’Histoire.
- Les huit points de la réfutation.
- Zurich n’a jamais eu de Collège au XIXe siècle. La correspondance de 1817-1819 entre Zurich, Bâle et Strasbourg documente un projet qui s’éteint avec la mort de ses protagonistes. En 1821, Willermoz ne parle que de deux Collèges, Strasbourg et Francfort-Darmstadt ; D’ailleurs, les statuts de Francfort (1823) ignorent Zurich et reconnaissent Lyon comme Collège Métropolitain.
- Le « dépôt central » des sciences divines de 1818 n’a laissé aucune trace. La lettre invoquée énonce une intention, qui plus est mêlant le système de Gottorp que Willermoz et Saltzmann rejetaient. Le seul dépôt effectif fut celui de Francfort-Darmstadt constitué à partir de 1817.
- 1828 est une garde d’archives, non un transfert de légitimité. Les archives provinciales sont remises à la loge de Zurich « Modestia cum Libertate » sous la surveillance du Grand Prieuré d’Helvétie, sans dépôt doctrinal de la Grande Profession. Le gardien n’acquiert donc aucun titre propre de légitimité spirituelle. Tout revient au Grand Prieuré.
- Le grade de « Grand Profès Réau ✠ » n’est pas documenté. Saltzmann fut reçut Grand Architecte en 1813 et écrit en février 1817 qu’il n’a pas le pouvoir de conférer les grades. Il n’est donc pas Réau ✠. Il n’a donc pas pu créer de grade terminal de Grand Profès Réau ✠. Les Statuts de l’Ordre des Grands Profès sont confirmés en 1829 par Pont qui ne reconnait à la classe scientifique que deux grades.
- Double standard. La réception « par communication » reprochée à Genève est le mode même des réceptions zurichoises de 1817. Les réserves de Saltzmann sur les réceptions suisses visent Zurich, et Turckheim – garant de Zurich – qui a aussi préparé Genève.
- La patente de la Grande Profession de 1830 est un acte statutaire. Pont, « seul dépositaire légal » du Collège de Lyon, est reconnu comme tel par de Raimond dès 1825 ; la patente n’a jamais été révoquée. Genève a exercé une autorité rectifiée tout au long du XIXe siècle.
- La chaîne vivante est rompue. Aucun maillon identifié entre 1819 et 1958. La Préfecture de Zurich est mise en sommeil dès 1885, et les archives sont conservées dans une loge bleue. Le bénéficiaire de 1960 est le Grand Prieuré des Gaules, création genevoise de 1935.
- La méthode échappe à la vérification. L’inaccessibilité des archives vaut indice de manque d’authenticité. Les faits nouveaux reposent sur des publications des auteurs du mémoire, faisant références à des archives secrètes sans cotes prétendument « inaccessibles », habile moyen d’échapper au critère objectif d’authentification des sources. Par ailleurs, les sources consultables publiées sont lues à contresens, et les termes employés sont très souvent étrangers au vocabulaire de Willermoz.
- Conclusions
La thèse du « pôle de Zurich » ne résiste donc pas à la lecture des sources qu’elle cite. Elle suppose un grade que les textes ignorent, un Collège dont la correspondance décrit le projet puis l’abandon, un dépôt doctrinal prouvé par la seule explication de son absence, une chaîne sans maillon connu de 1819 à 1958 et enfin une restitution adressée à une structure d’origine genevoise. Chacune de ces propositions repose sur un fonds privé que l’on ne peut pas consulter.
À contrario, la filiation genevoise, suit sur pièces : préparation du transfert du dépôt de la Grande Profession entre Willermoz et Pont, patente de 1830 donnée à Genève par le dernier dépositaire du Collège Métropolitain de Lyon, autorité exercée sans interruption au XIXe siècle, réveil français de 1935 compris comme l’exécution de l’obligation de 1828 au dépositaire temporaire suisse. La régularité des réceptions genevoises par communication peut se discuter, mais pas pour justifier Zurich où cette pratique fut la règle.
Pour Willermoz, une transmission tient à la conservation et à l’étude d’une doctrine écrite, dans la plus stricte discrétion, et non à un grade terminal ni à une influence spirituelle transmise. Un Collège qui publie ses titres et offre la régularisation à qui la demande se place de lui-même hors de ce cadre.
Ainsi, la soi-disant nouvelle Ve Province de Bourgogne, fondée sur de telles bases, ne peut rien offrir de bon et de véritable aux hommes de désir ; surtout pas un grade non vérifiable et encore moins une légitimité initiatique qu’elle ne peut détenir par la chaîne dont elle prétend constituer le dernier maillon.
Les Héritiers de Jean-Baptiste Willermoz
