
Après le « réveil » du Régime Rectifié en mars 1935, les velléités habituelles à la captation des titres, fit que le système constitué au XVIIIe siècle lors du Convent des Gaules (1778), se trouva divisé en un nombre impressionnant de microstructures rivales [1]. Il ne sert à rien de cacher que ces créations, formées sur le modèle de l’auto proclamation illégitime, posent des problèmes délicats du point de vue des principes de l’Ordre [2], le résultat sur l’état général du Régime Rectifié ayant conduit à l’état d’anarchie objective, de dispersement, de « foisonnement » et de totale confusion que l’on connaît désormais.
Mais comme si cette situation chaotique, par la création d’une foule de « Grands Prieurés » aux noms divers et variés, s’est rajoutée à la confusion les divagations les plus aberrantes se revendiquant de la classe non ostensible, dite de la « Profession ».
C’est en effet au nom de la classe « secrète », et qui a pourtant le devoir de le demeurer, que prirent naissance toutes les initiatives illégitimes se réclamant de prétendues transmissions, afin de tenter de conférer une illusoire validité à leurs vues anarchiques. Ainsi, avec une énergie et un enthousiasme constants et identiques, et à intervalles réguliers, on a vu apparaître des dizaines de prétentions à la « vraie légitimité » de la transmission sur le Régime Rectifié, comme toujours, les mots ne coûtant rien, chacune d’entre ces prétentions se disant la « seule détentrice du dépôt » (sic), certaines des initiatives allant même jusqu’à remettre en cause la validité des critères de légitimité du Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie (G.P.I.H.).
Or malgré le caractère entièrement fallacieux de ces discours, invariablement, à chaque période de l’histoire de l’Ordre, dès qu’un nouveau colifichet attractif est annoncé à renfort de publicité – hier la nature soi-disant « sacerdotale » de la Profession, aujourd’hui une Profession accompagnée d’une imaginaire dimension complémentaire « coën » -, on voit les naïfs se faire berner par une littérature d’histoire fictionnelle dépourvue de références concrètes et de sources documentaires probantes, en se précipitant sans discernement vers les rivages illusoires de ces domaines fantaisistes, qui n’ont pour résultat que de précipiter les esprits bernés dans le piège des domaines « apocryphes ».
– Disqualification identifiant immédiatement les fausses transmissions au niveau de la « classe secrète », par le non respect de la règle absolue du « secret » –
Or s’il y a un critère de disqualification capable d’identifier immédiatement les fausses transmissions au niveau de la classe secrète, c’est celui du non respect de la règle du « secret ».
On peut être certain qu’un prétendu « Collège » se désignant sans crainte du parodique, de « Métropolitain », en se constituant un site dans le monde de la virtualité numérique, chose aisément réalisable par quelques manœuvres informatiques, voire même publiant des ouvrages en libre accès pour n’importe qui, profanes ou maçons sans distinction de grades, après règlement incluant évidemment les frais d’expédition, relève objectivement de la catégorie invalide et du domaine « apocryphe », la classe secrète ayant pour règle absolue, selon le vœu formel de son fondateur Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), d’être invisible, silencieuse et « non ostensible » [3].
Les déclarations de Jean-Baptiste Willermoz sur le point du « secret » furent toujours invariantes :
« La septième et dernière classe qui complète le Régime Rectifié et doit rester ignorée des six précédentes jusqu’à ce qu’on y appelle individuellement chacun de ceux qui sont jugés propres à y entrer, est une initiation particulière qui consiste en diverses instructions écrites dans lesquelles on développe les principes et les bases fondamentales de l’Ordre … [4] »
C’est d’ailleurs cette règle qui motiva le rappel à l’ordre extrêmement ferme du patriarche lyonnais dans une lettre datant de mai 1812, à l’égard de Frédéric Rodolphe Saltzmann (1744-1821) Eq. ab Hedera, où suite à un voyage de Joseph-Antoine Pont († 1838) Eq. a Ponte Alto, en Alsace, Saltzmann avait divulgué qui était l’auteur des Instructions secrètes :
« Vous devez vous rappeler, cher ami, que, dès l’origine de la formation à Lyon de la classe des Grands Profès annexée à l’Ordre intérieur et d’un Collège métropolitain, il fut convenu entre tous ceux qui y participèrent avec connaissance de cause, que l’auteur, ou pour mieux dire le principal rédacteur, des instructions secrètes de cette classe qui furent alors produites, ne serait jamais connu […] Voilà ce qui fut convenu, voilà le langage que j’ai constamment tenu envers tous les autres sans exception, dont je ne me suis jamais écarté et dont je ne m’écarterai jamais quoiqu’il arrive ailleurs. J’avais tenu le même langage à mon ami a Ponte alto [Joseph-Antoine Pont], et il en était persuadé lorsqu’il alla à Strasbourg où je vous l’avais recommandé. Mais, à son retour, quel fut mon étonnement à la première occasion qui se présenta sur ce sujet de le voir informé par vous que j’étais l’auteur de ces instructions ! Je fus atterré de ce coup-là dont je sentis à l’instant toutes les conséquences présentes et futures. Je mentirais si je dissimulais que je fus extrêmement sensible à cet oubli qui, dans ce genre, était plus qu’une imprudence ; d’autant plus que je dus conclure qu’elle n’était pas la première et qu’elle avait été commise vers d’autres et peut-être aussi par d’autres. Mais, ferme dans mes principes et dans mes résolutions, je lui niais le fait. Le F. ab Hedera [Saltzmann], lui dis-je, s’est trompé, ou bien vous l’avez mal compris. Les choses sont comme je vous les ai dites, tenez-vous-en à cela ; je dois le savoir mieux que personne, puisque le dépôt est venu par mon entremise et qu’il est resté entre mes mains. Depuis lors, il a évité de m’en reparler, et moi de même […] .»

Il n’est donc pas indifférent de rappeler, alors que la divulgation semble être devenue le passe-temps favori d’individus ignorant les principes de l’Ordre, que chaque Frère, et nul ne peut s’y soustraire pour quelque motif tiré de sa décision personnelle et de ses jugements subjectifs qui n’ont aucune valeur au regard des lois et règles de la classe non-ostensible, est dans l’obligation la plus ferme de ne jamais prendre le titre de Profès ou Grand Profès devant ceux qui n’appartiennent pas à la Profession, de ne rien divulguer par observance stricte, de ce qui participe des activités des la classe non-ostensible, des sources et des textes des Instructions secrètes, et est soumis aux règles stipulées dans les Statuts et Règlements de l’Ordre des Grands Profès, encourant d’être « abandonnés à eux-mêmes », en cas de violation des principes de l’Ordre :

Article 3 « Les profès et Grands Profès ne prendront jamais ce titre devant ceux qui ne sont pas de l’une de ces classes. Ils auront grand soin de ne pas se faire connaître les uns et les autres en cette qualité aux simples Chevaliers, afin de ne pas exciter en eux une curiosité importune et peut-être leur jalousie. Cet article est d’observance stricte et fait partie des engagements prêtés lors de leur admission. »

Article 5 « Ceux qui par une vanité si contraire aux principes auxquels ils se sont voués comme Profès, s’oublieraient jusqu’à se rendre coupable d’indiscrétion, seront retardés dans leur progrès, privés pour un temps des lumières ultérieures de leurs frères, et suivant les cas ils seront abandonnés à eux-mêmes, sans qu’il soit besoin de les en prévenir [5]. »
Ce à quoi se rajoute – mais il vrai que les types de personnages troubles et pour le moins indignes et disqualifiés, animés d’une soif irrépressible de « vaniteuse » reconnaissance qui prêterait d’ailleurs à sourire en raison de son caractère de ridicule petitesse et de médiocrité humaine si elle n’était pas initiatiquement si triste, se livrant à de la divulgation intempestive en se parant, avec une comique fierté, de titres usurpés, n’en sont pas à s’embarrasser de scrupules vis-à-vis de serments qu’ils n’ont jamais prononcés validement, puisque participant de la vaste catégorie des fausses transmissions imaginaires -, les termes formels de l’engagement de chaque membre de la classe secrète dont on insistera sur le fait que, rédigés par Jean-Baptiste Willermoz, ils sont exprimés solennellement les mains posées sur la Sainte Écriture :

« Je promets devant Dieu, dont j’avoue hautement professé l’existence, et je m’engage envers tous mes Frères, sur ma parole d’honneur, de ne jamais communiquer ni faire aucune mention verbalement, ou par écrit, à aucun homme qui ne sera pas engagé, comme je me reconnais l’être dès à présent, des intentions secrètes de l’Ordre qui vont m’être communiquées », ceci s’accompagnant de l’indignité pour ceux contrevenant à cette règle : « […] me reconnaissant dès ce moment indigne de leur estime et de toute communication envers eux, si je contreviens en aucune manière au présent engagement.»

Serment renouvelé pour la Grande Profession : « [Je] jure et promets devant Dieu, que je prends ici à témoin ainsi que tous mes frères, de garder inviolablement le secret sur les choses et les connaissances qui vont m’être confiées, et celles que je pourrai acquérir concernant l’Ordre des Chevaliers grands Profès, envers quiconque n’aura pas été engagé, comme je reconnais l’être dès à présent ; de les respecter, conserver, de n’en pas abuser et de ne les communiquer jamais, à qui que ce soit, sans y être régulièrement autorisé par l’assemblée des grands Profès à la forme prescrite par les Statuts, que je promets aussi d’observer fidèlement. » (Cf. « Formule d’engagement pour la profession des chevaliers » & « Formule de l’engagement de la Grande Profession », in Fonds Kloss 190 E 36 : Statuts Cérémonial d’ouverture et de clôture des assemblées de l’Ordre des Grands Profes).
– La Profession et la Grande Profession de la « classe secrète » ont pour unique objet la connaissance de la « doctrine initiatique », et sont transmises dans le cadre d’un « Collège » authentiquement constitué –
Rappelons en conséquence, une fois encore, que le but de la Profession et de la Grande Profession, est la connaissance exclusive de la « doctrine initiatique » du Régime Rectifié contenue dans les instructions de Profès et de Grand Profès, et rien d’autre, car quoique possédant de nombreux pouvoirs, elle n’a nullement autorité pour ériger une juridiction, qu’elle qu’en soit la nature ; ce n’est ni son rôle, ni sa fonction, et encore moins prétendre constituer des établissements ce qui n’est pas de son autorité. D’autre part la « classe secrète » fonctionne précisément en « Collège« , ce qui signifie qu’on y est reçu dans un cadre défini, et non pas lors d’une réception individuelle, selon des modalités qui pourraient donner lieu à bien des interrogations sur les prétendues transmissions contemporaines apocryphes se réclamant ouvertement de la Profession du Régime Maçonnique Rectifié, dont on constate – alors que fort bavardes jusqu’au stérile verbiage lorsqu’il s’agit de se servir des vieilles techniques argumentaires archi usées d’une caricaturale rhétorique, dont l’indigent et répétitif moteur principal se résume à de l’inversion accusatoire, qui est d’ailleurs souvent la signature des âmes aveuglées et désorientées faisant usage du verbe pour fuir la vérité –, qu’elles évitent prudemment d’aborder ces sujets (on serait curieux de connaître par exemple les noms exacts des maîtres installateurs, des Présidents, des Dépositaires qui édifièrent les prétendus « Collèges Métropolitains » (sic) qui pullulent aujourd’hui sur internet, on examinerait également volontiers les chaînes successorales précises de leurs soi-disant « transmissions », et on attendra sans doute en vain la publication des « Patentes » officielles de constitution de leurs illusoires officines), car évidemment en situation de complète invalidité au regard des statuts, fixés et arrêtés par Jean-Baptiste Willermoz, gérant la « classe secrète« .
Par ailleurs, et l’on comprend ce que ce rappel peut avoir de profondément gênant et de réellement problématique pour les ardents polygraphes inconséquents frappés d’incontinence logomachique, la dite « classe secrète » qui ne porte pas pour rien ce nom, ne peut pas s’exprimer publiquement, se livrer à des divulgations d’informations, annoncer à son de trompette des détails sur les éléments et grades initiatiques dont elle est dépositaire, ou encore publier des ouvrages, mettre en ligne des articles, et encore moins apparaître ostensiblement. Tout ceci est radicalement et strictement interdit par ses statuts, sans compter les serments plus haut évoqués de respect du silence total, prononcés solennellement sur la Sainte Écriture.

Pour le dire brièvement mais clairement, afin de dissiper les chimériques brouillards répandus sur le sujet aujourd’hui par de puérils amateurs de « forgeries » en tous genres et d’espèces apocryphes invalides – n’hésitant pas à l’emploi de tous moyens, même et surtout les plus contestables au regard des exigences éthiques de la chevalerie céleste pour développer leurs entreprises fantaisistes, usant, comme il est souvent le cas pour les adeptes des attitudes et discours bifides, « larvatus prodeo », des méthodes habituelles (incluant la tromperie, la dissimulation et le mensonge), des faussaires et contrefacteurs –, en effet la transmission véritable a perduré à travers les siècles et existe, fort heureusement sans quoi nous ne pourrions plus parler de « Régime » Rectifié, mais simplement d’un « Rite » réduit à deux classes sans relation aucune avec le Sanctuaire doctrinal, cependant cette transmission observe une stricte réserve disciplinaire et est attentive à la règle du silence sur son activité, comme il doit en être le cas selon les Statuts et principes intangibles de la Profession dont la fonction exclusive est la conservation et l’approfondissement de la doctrine initiatique, cette dernière étant effectivement « l’unicum necessarium », comme l’écrivait en septembre 1818 Frédéric Rodolphe Saltzmann, dans une lettre adressée à Jean-Baptiste Willermoz :
« Tous sont convaincus que la doctrine du Régime Rectifié…est l’unicum necessarium. C’est à vous, mon chérissime frère et puissant Maître, que nous devons cet établissement essentiellement salutaire et bienfaiteur. C’est sur ce fondement, sur cette pierre angulaire qu’il est bâti, et qui le préservera de sa ruine aussi longtemps qu’on lui restera fidèle. » (Cf. Lettre de Frédéric Rodolphe Saltzmann à Jean-Baptiste Willermoz, 4 septembre 1818).
Notes.
[1] J. Baylot, Histoire du Rite Écossais en France au XXe siècle, Collection historique, Grande Chancellerie de l’Ordre, 1976, p. 65-68.
[2] D’après le Code des Loges Réunies et Rectifiées de 1778, c’est du Grand Directoire National, présidé par le Grand Maître National entouré des Administrateurs des Provinces, qu’émane toute autorité au sein d’une Nation : « Le Grand Directoire National est présidé par le Grand-Maître National, et composé des trois Administrateurs des provinces, des sept Présidents des Directoires et de huit officiers nationaux. Ces derniers ont chacun leur département particulier. » (Cf. Code des Loges Maçonniques Réunies et Rectifiées de France, Chap. III., 1778). De plus, toujours selon les principes définis par le même Code, les Grands Prieurés reçoivent leurs patentes du Grand Maître National élu en Convent : « Le Grand-Maître National est élu au Convent à la pluralité des suffrages par les Maîtres Provinciaux, Grands Prieurs, Visiteurs et Préfets des provinces réunies, présidées ad hoc par le Maître Provincial d’Auvergne. Le Grand Maître national expédie dans son conseil les patentes aux Maîtres provinciaux et conseillers nationaux. Le Grand Maître national proclame et enregistre dans son conseil toutes les Préfectures nouvelles, et y fait inscrire sur le tableau général des Loges régulière, les Loges constituées par les Directoires Écossais » (Ibid.)
[3]Cf. Statuts et Règlements de l’Ordre des Grands Profès, MS 5475, pièce 1, Bibliothèque municipale de Lyon.
[4] Lettre de Jean-Baptiste Willermoz sur la Grande Profession, coté 173, : Article Secret annexé à ma lettre du 1er septembre 1807, Archives internes 1803-1813 du dossier de la loge La Triple Union, à l’Orient de Marseille (BnF – FM2 292).
[5] Cf. Statuts et Règlements de l’Ordre des Grands Profès, op.cit.

