
Blasons des trois Provinces de l’Ordre
(IIe d’Auvergne, Ve de Bourgogne, IIIe d’Occitanie)
Les lendemains du Convent de Wilhelmsbad furent compliqués pour le nouveau Régime, qui dut faire face à de nombreuses défections suscitées par les décisions du Convent qui déplurent à beaucoup de responsables maçonniques en France et à l’étranger, notamment en Allemagne. Alors que la fin du XVIIIe siècle avait vu la constitution extrêmement rapide de l’Ordre, le XIXe siècle fut, hélas, difficile pour le Régime Rectifié, qui eut à subir durement les contrecoups de la Révolution dont il ressortira affaibli, ses Loges dispersées, son élan initial brisé. En effet, la Révolution laissa le Régime Rectifié dans un état de très grande faiblesse, Antoine Willermoz (1741-1793), frère de Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) et Millanois, Eq. a Quatuor Palis, furent guillotinés sous la Terreur lyonnaise qui dura cinq mois, de novembre 1793 au mois d‘avril 1794, François-Henri de Virieu (1754-1793), Eq. a Circulis, mourut en combattant les troupes de la Convention, l’abbé Rozier (1734-1793), prêtre de l’église saint Polycarpe, fut tué par une bombe. Sur l’ensemble des structures qui existaient avant 1789, très peu avaient réussi à survivre et, pour beaucoup, purement et simplement, elles avaient disparu. Le Régime était donc réduit à sa plus simple expression et ne subsistait, là où il se maintenait plus ou moins, que par la volonté de quelques individualités isolées.

Jean de Turckheim (1749-1824) Eq. a Flumine
Dès 1817, la loge La Sincérité et Parfaite Union, véritable centre directeur de la Ve Province de Bourgogne, cessa ses travaux faute d’un nombre suffisant de Frères, même si de par une volonté de maintenir en fonction le Régime, il avait été décidé, alors que le Chapitre Provincial rouvert par Jean de Turckheim (1749-1824) Eq. a Flumine, reprenait une relatif fonctionnement, de transférer le siège du Directoire de Besançon à Strasbourg pour en assurer la continuité, ce qui eut lieu le 1er novembre 1816. Mais Jean de Turckheim – un an après la disparition de Frédéric Rodolphe Saltzmann (1744-1821) Eq. ab Hedera -, qui avait été le Visiteur Général de l’Ordre avant la Révolution, démissionnait de sa charge en 1822, et en 1828, les quatre derniers C.B.C.S., qui constituaient le Directoire de la Ve Province, réduite à deux Préfectures, décidèrent de cesser les travaux et de remettre leurs archives à la Préfecture de Bâle, qui faisait partie de la Bourgogne, quoique ne pouvant elle-même poursuivre ses activités, les déposa ensuite à la Loge Modestia cum Libertate à l’Orient de Zurich [1].

Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), Eq. ab Eremo
Pour l’Auvergne, lorsque Jean-Baptiste Willermoz s’éteignit le 29 mai 1824, laissant à Joseph Antoine Pont († 1838), Eq. a Ponte Alto, toutes ses archives et surtout le soin de faire survivre la transmission de l’Ordre, il avait prit auparavant toutes ses dispositions, sentant que la menace était grande de voir disparaître la substance même de son système, afin de préserver le dépôt de la transmission. Bien évidemment la Suisse, possédait un Collège de la Profession, dont les noms sont renseignés dans le Registre de Genève ; jamais autrement Jean-Baptiste Willermoz n’aurait mandaté Joseph Antoine Pont pour transmettre le dépôt essentiel, à des ignorants à son sujet.
Quelle est la nature de ce dépôt qui qualifie le Régime Rectifié du point de vue initiatique ?
Elle touche à l’essence de l’Ordre puisqu’il s’agit de la nature même de la « doctrine » que les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte ont pour devoir de conserver et travailler afin qu’elle nourrisse et fonde la vie du Régime au travers de tous ses grades, Régime géré selon les Codes, l’un pour la classe maçonnique l’autre relatif à la classe chevaleresque, arrêtés au Convent des Gaules en 1778.
– Pourquoi Genève, avec la Loge l’Union des Cœurs demeura l’unique Directoire du Régime ayant survécu ? –
Or, cette idée qui toujours fut celle de Jean-Baptiste Willermoz, nécessite cependant, si elle veut s’incarner, que le Régime puisse fonctionner précisément comme un « Régime », et au XIXe siècle le seul lieu où le « Régime » demeura encore en activité fut la Suisse. Ou, plus exactement, la Préfecture de Genève en quoi consistait le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie (G.P.I.H.), puisque la Préfecture de Bâle, puis celle de Zurich en 1885, cessèrent leurs travaux, amenant, en 1887 la Préfecture de Genève à rester la seule instance dépositaire des Rituels et des archives, mais surtout le « Siège » du système maçonnique rectifié en Helvétie en tant que « Grand Directoire » de l’Helvétie.
C’est ce que déclarait Charles Montchal (1855-1928), Grand Prieur du Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie en 1926 :
« Par suite du complet sommeil de l’Ordre dans les autres Provinces, la Suisse était donc devenue la seule Autorité suprême de notre Régime ; par la force des choses, et non par la volonté de ses membres, la Préfecture de Genève restait la seule Préfecture du Système Maçonnique Rectifié. Elle est devenue : 1° le siège du Grand Directoire Ecossais en Helvétîe; 2° l’Autorité auprès de laquelle il y a lieu de s’adresser pour trouver les documents nécessaires à la constitution de toute Loge désireuse de travailler sous ce Rite ; 3° le dépositaire des rituels et des archives du Système Maçonnique Rectifié en Helvétie. Le vieil édifice est toujours debout, Adhuc stat. » (Cf. C. Montchal, Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie, Régime Ecossais Rectifié, Orient de Genève, 1926, p. 73).
De ce fait, et par la force des choses, Genève, avec la Loge l’Union des Cœurs fondée en 1769 et rectifiée en 1810, demeura l’unique Directoire du Régime ayant survécu au XIXe siècle, puisque les Préfectures de Bâle et Zurich cessèrent leurs travaux en 1885, abandonnant leur autorité sur le Régime en 1887 à la Préfecture de Genève, devenue ainsi l’unique instance possédant une autorité légale et effective sur le Régime Maçonnique Rectifié.
D’ailleurs c’est ici qu’une lettre du Frère de Louis de Raimond (1752-1834), Eq. A Garba, Grand Profès – qui se rendit à Genève en 1811 lors du passage au Régime Rectifié de « L’Union des cœurs » -, lettre écrite le 30 juillet 1825 au prince Christian de Hesse-Darmstadt (1763-1830), Eq. a Cedro Libani, nous est extrêmement précieuse dans la compréhension du sujet qui nous occupe. Voici ce qu’il écrivait :
« Il y a un an que nous avons perdu notre patriarche ab Eremo [Willermoz]. Il a laissé tous ses manuscrits et tous ceux de l’Ordre à M. Joseph Antoine Pont, négociant à Lyon (in ordine a Ponte alto). C’est avec lui qu’on doit correspondre pour la suite des affaires de l’Ordre et si le Sér. Grand Maître a Leone resurgente [Charles de Hesse-Cassel] a quelques demandes à faire qui y soient relatives, c’est à lui qu’il peut s’adresser. Les Provinces françaises sont dans une véritable nullité et d’après ce que m’écrivit il y a quelques mois le Fr. a Ponte alto, il paraît qu’il est très disposé à communiquer aux Chefs sur leur demande, le dépôt qui lui a été confié. »
Le dépôt confié par Willermoz à Joseph-Antoine Pont, dont parle le Frère de Raymond, n’était autre en effet que le pouvoir et les archives de la IIe Province relatives au Collège Métropolitain régissant, en sa partie scientifique, tout le Régime Rectifié. Et de la transmission de ce dépôt dépendait la continuité structurelle, organique et initiatique de l’Ordre.
– Le Collège de Genève fut le conservatoire de la Grande Profession –
C’est ce que rappela un Frère missionné à cet effet, sous le pseudonyme de « Maharba », c’est-à-dire Robert Amadou (1924-2006) Eq. ab Aegypto, puisque la chose est à présent connue, Grand Profès, dans un article publié en 1969 :
« La Grande Profession, en même temps que la Profession, des Collèges métropolitains a été instituée lorsque fut créé l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, au Convent national des Gaules tenu à Lyon en 1778. Au Convent de Wilhelmsbad, elle cessa d’exister officiellement. Un demi-siècle suffit à l’abolir, en fait, à quelques exceptions près qui étaient individuelles. Aussi, le 29 mai 1830, Joseph-Antoine Pont, Eques a Ponte alto, et dans ses propres termes, ‘‘Visiteur général dépositaire de confiance de feu ab Eremo qui était dépositaire général et archiviste de la IIe Province, devenu depuis sa mort seul dépositaire légal du Collège métropolitain établi à Lyon’’ ; constatant ‘‘ l’inaction et la suspension indéfinie des travaux du dit Collège métropolitain’’ ; considérant qu’il se trouve être ‘‘le seul grand dignitaire de l’Ordre subsistant du dit Collège et qu’il est aussi important qu’urgent de pourvoir à l’érection d’un Collège’’ vu les articles 22, 23, 24 et 25 des Statuts et Règlements de l’Ordre des Grands Profès qui prévoient un tel cas et parent au danger d’extinction ; accorde une charte pour la constitution du Collège et Chapitre Provincial des Grands Profès a Genève. La Suisse, où le R.E.R. et l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte continueront de s’abriter jusqu’à nos jours, devenait aussi le conservatoire de la Grande Profession [2] .»
Tout ceci est parfaitement exact comme le montrent les termes du courrier envoyé par Joseph-Antoine Pont, Visiteur général de la IIe Province, le 29 mai 1830 à Genève, en conformité d’une décision préfecturale en date du 2 mars 1830, qui commence sa missive par ces mots :
« Très chers frères Chevaliers et Grands Profès de Genève !
Nous cédons à vos vœux et à notre conviction en vous envoyant les légalisations et autorisations nécessaires à la régularité et à l’extension de vos travaux. »
La lettre était accompagnée de la déclaration suivante :
« Nous soussigné Visiteur général dépositaire de confiance de feu ab Eremo qui était dépositaire général et archiviste de la IIeme Province, devenu depuis sa mort seul dépositaire légal du Collège Métropolitain établi à Lyon,
- Vu l’inaction et la suspension indéfinie des travaux du dit Collège Métropolitain ;
- Considérant que nous nous trouvons le seul grand dignitaire de L’Ordre subsistant du dit Collège et qu’il est aussi important qu’urgent de pourvoir à l’érection d’un Collège qui, provisoirement, puisse procéder régulièrement et agir comme Chapitre provincial ;
- Vu les articles 22, 23, 24 et 25 des Statuts et règlements de L’Ordre des Grands Profès ;
Avons cru devoir autoriser et autorisons provisoirement, et jusqu’à légale révocation, les T.T. C.C. F.F.. Grands Profès de la Préfecture de Genève (a Scalpello, a Salute, a Gladio et manu, a Justitia, a Crescente – in saeculo : Peschier, Moulinié, Aubanel, Lombard, et Peschier) à se constituer en Collège régulier et Chapitre Provincial et à procéder à tous les actes qui ressortent à cette qualité, en se conformant aux Statuts et règlements de L’Ordre dont ils sont dépositaires et qu’ils ont promis d’observer. En foi de quoi nous avons donné la présente Patente ou autorisation provisoire, dans la ferme confiance qu’elle profitera à nos chers Frères susdits et à ceux que leur prudence et leur zèle leur permettront de s’adjoindre, quand ils croiront en trouver une occasion favorable.
Lyon le 29 mai 1830 Josephus a Ponte Alto, in saeculo Jos. Ant. Pont.»
- Une incontestable légitimité de Genève sur le Régime Maçonnique Rectifié –
Un événement significatif nous montre d’ailleurs, s’il en était besoin, où se trouvait pour les Frères de l’Ordre au XIXe la source indiscutable de la légitimité rectifiée, événement peu souligné voire ignoré par les historiens et qui pourtant fait comprendre immédiatement où se trouvait la source de l’autorité initiatique du Régime Rectifié puisque portant sur un établissement hautement symbolique dans l’histoire de son réveil.
En effet, lorsque le 21 juillet 1832 Ferdinand Gastebois, Ex-Maître du Centre des Amis souhaita entrer en contact avec une autorité du Régime Rectifié afin de réédifier le Directoire de Neustrie vers qui se tourna t-il ?
Vers le Grand Directoire des Rites du Grand Orient de France ?
Vers Toulouse ? Vers Besançon ? Vers Zurich ?
Point du tout.
Alors, à qui s’adressa t-il ?
La réponse est évidente : Genève !
Pourquoi ?
Il l’explique ainsi dans sa lettre à Charles-Gaspard Peschier (1782-1853), Eq. a Scalpelo, Vénérable Maître de L’Union des Cœurs :
« Malgré la Supériorité de notre Rit, sur ceux qui se pratiquent en France, il a toujours compté bien peu de Loges qui le suivissent et dans ce moment-ci je n’en connais pas d’autre que la nôtre. Jugez, Vénérable Maître, si nous devons être joyeux de votre fraternelle ouverture. Je vous suis garant de son acceptation, et de notre soin à nourrir avec vous le feu sacré d’où renaît le Phénix. Notre R. L. a reçu ses lettres de rectification du Directoire de Lyon, sous la Grande Maîtrise du T.R.F. Cambacérès Grand Chancelier de l’Empire qui avait rétabli à l’Orient de Paris et la Loge Écossaise et la Régence, et près de lui le Grand Directoire. National de France dont les membres depuis 1814 ne se sont point rassemblés. Les LL qui existaient à Lyon, à Strasbourg, à Besançon, à Champlitte sont inactives aujourd’hui et démolies peut-être par l’éloignement, la dispersion, le décès de leurs membres, ce qui nous autorise à croire que la L. du Centre des Amis est la seule en France où le Régime subsiste encore. Mais vous le savez, V. M., il suffit d’une étincelle pour ranimer le feu sacré [3].»
Que fit alors Genève ?
Comme nous le savons, le 27 mai 1839, Aubanel après avoir armé à Paris les Frères Écuyers Novices du Centre des Amis, ces derniers formèrent, par « Patente » dressée à Genève, la nouvelle Préfecture constituée à Paris le 1er octobre 1839 et installée le 12 janvier 1840.
Même si ce réveil fut éphémère sachant que le Directoire de Neustrie s’éteignit définitivement en 1843, il est tout à fait instructif, tant dans sa forme et son contenu, de ce qui se produira à quelques années près d’un siècle plus tard au titre identique du Chapitre Provincial représentant le Chapitre Provincial de la IIe Province, nommé et constitué par la Patente provisoire délivrée à Genève le 29 Mai 1830 par Joseph-Antoine Pont, lors du rétablissement du Grand Directoire des Gaules le 23 mars 1935.

Sceau du Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie, in « Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie, Régime Écossais Rectifié », Montchal, Or. de Genève, 1911.
– Au regard de l’Histoire, à partir du dernier quart du XIXe, le Grand Prieuré d’Helvétie par la Préfecture de Genève, est resté l’unique conservateur du Régime Rectifié, détenteur des pouvoirs de la IIe Province d’Auvergne et de la Ve Province de Bourgogne –
Si l’on signale bien quelques rares traces d’activité au Rectifié jusqu’en 1880-1890, le Rite semble s’être étiolé lentement à Besançon, dans la loge souchée sur le Grand Orient de France, avant que de disparaître. Ceci peut s’expliquer, car après la mort du Préfet Pernod, en 1874, les relations cessèrent entre Besançon et le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie (G.P.I.H.), ceci renforcé par la distance, postérieure à 1877 [4], des liens entre le Grand Orient de France et la Grande Loge Suisse Alpina, fondée en 1844 et qui abritait en son sein les Loges liées au G.P.I.H., en particulier la Préfecture de Genève détentrice des pouvoirs de la IIe Province et de la Ve Province de Bourgogne, Préfecture de Genève qui, jusqu’à la fondation de la Commanderie de Neuchâtel c’est-à-dire pendant 25 ans, resta la seule Préfecture du Régime, annonçait les 15 et 16 mai 1887 au Grand Maître de la Grande Loge Alpina être : « 1) L’Autorité auprès de laquelle il y aura lieu de s’adresser pour trouver les documents nécessaires à la constitution de toutes les Loges qui désireraient travailler sous ce Rite. – 2). Le dépositaire des rituels et des archives du système Maçonnique Écossais et Rectifié en Helvétie. »
En conséquence, il faut admettre au regard de l’Histoire, à partir du dernier quart du XIXe siècle et en raison de son extinction en France, le Régime Maçonnique Rectifié ne subsista que par le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie, déjà dépositaire depuis 1828 du pouvoir de la Ve Province de Bourgogne, et qui allait, en 1830, se voir confier celui de la IIe Province d’Auvergne, charge extrêmement importante, la responsabilité de la mémoire et surtout de la continuité de l’Ordre. Ainsi, devenant l’unique conservateur du Régime, le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie, par la Préfecture de Genève, seul instance administrative et juridictionnelle active et légale au titre de la vie organisationnelle du Régime Maçonnique Rectifié depuis le transfert des pouvoirs des Préfectures de Bâle et Zurich en 1887, le resta, ceci jusqu’au rétablissement complet de l’Ordre en France en mars 1935.

Détail de la photographie – où l’on distingue Camille Savoire à la droite du Grand Prieur du G.P.I.H. -, prise pour immortaliser l’acte de constitution du « Grand Directoire des Gaules », lors du « réveil » du Régime Écossais Rectifié en France, le 23 mars 1935.
– Constitution du « Grand Directoire des Gaules », et « réveil » du Régime Écossais Rectifié en France, les 20 & 23 mars 1935 –
Dès lors, du moment où Camille Savoire (1869-1951) Eq. a Fortitudine, décidait du rétablissement du Régime Rectifié dans sa patrie d’origine, en constituant le « Grand Directoire des Gaules » (G.D.D.G.), plaçant cette juridiction en dehors d’une structure obédientielle – ce qui d’ailleurs correspondait parfaitement à l’esprit du Régime -, il se tourna évidemment vers Genève, seule instance en mesure de restituer le legs consenti par Jean-Baptiste Willermoz peu avant sa naissance au Ciel par la force des événements. C’est ainsi que le 23 mars 1935 se déroula à Paris la tenue historique de la Préfecture de Genève, présidée par Ernest Rochat (1868-1953), Eq. a Studio, Grand Prieur du G.P.I.H., Charles Nicole, Grand Chancelier, et Roesgen, Préfet de Genève. Rochat, qui prenait soin de dénoncer le traité de 1911 signé avec le G.O.D.F., installait la Préfecture de Neustrie avec René Wibaux (1887-1959) Eq. ad Lucem Quaerendum, comme Préfet, donnant une Patente officielle à Camille Savoire, en lui octroyant, en tant que Grand Prieur du « Grand Directoire des Gaules » (G.D.D.G.), toute autorité pour créer en France des ateliers du Rite Écossais Rectifié [5].
Camille Savoire expliquait en conséquence comment s’était effectué et à partir de quelle légitimité, le « réveil » du Régime Rectifié :
« Voilà comment nous avons régulièrement réveillé en France le Rite Rectifié : ce réveil ayant été fait en accord et avec le concours de la seule puissance ayant l’autorité suprême du Rite au monde et en conformité des décisions des divers Convents de 1778, 1781, 1808, et 1811, et en exécution de la décision prise en 1828 par le Directoire de la Vème Province de Neustrie déléguant à la dernière de ses préfectures, dite de Zurich, ses archives, prérogatives, droits, etc., avec mission de les conserver jusqu’au jour où le réveil du Rectifié pourrait s’effectuer en France et lui permettrait de s’en dessaisir [6] .»
Une Patente fut délivrée qui stipulait :
« Le Grand Prieur d’Helvétie, ès qualités, a expressément reconnu le Grand Directoire des Gaules comme puissance régulière, autonome et indépendante du Régime Rectifié en France, avec les pouvoirs les plus étendus pour créer en ce pays toutes Préfectures, Commanderies, Loges de Saint-André et éventuellement, toutes Loges symboliques du Rite Rectifié sous son Obédience, et a salué en la personne du T. Rév. F. Chev. Bienfaisant de la Cité Sainte, Docteur Camille Savoire, in Ordine Eques a Fortitudine, le premier Grand Prieur, Grand-Maître National [7] .»
– En 1935 fut réveillé complètement le Régime Rectifié, le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie se fondant, comme il est rappelé dans la Patente de constitution, sur les droits acquis historiquement –
Quelques remarques s’imposent après ce réveil du « Grand Directoire des Gaules » opéré en mars 1935 par le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie qui, à la différence notable du Traité de 1911 signé entre le G.P.I.H. et le G.OD.F. qui n’avait pas été précédé de la remise d’une « Patente » pour pratiquer le R.E.R. au G.O.D.F., au prétexte, inexact historiquement, que le Grand Orient possédait le Rite par de supposés droits antérieurs relatifs aux Traités de 1776 et 1811, Traité d’avril 1911 d’ailleurs que dès le 13 décembre 1913 le G.P.I.H. déclara caduc, ce qui se produisit en 1935 fut un réveil complet du Régime se fondant, comme il est rappelé dans la Patente de constitution, sur les droits acquis du Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie :
« Par le Convent des Chapitres de Bourgogne, tenu à Bâle les 15, 16 et 17 Août 1779 » , par « la remise de ses pouvoirs le 2 Août 1828, par le Chapitre Provincial de Bourgogne, Ve Province de l’Ordre », par la « Patente spéciale émanant de la Province d’Auvergne, IIe Province de l’Ordre en date du 29 Mars 1830, le Chapitre Provincial de Genève, acquérant le droit de constituer des établissements de son Rite, en lieu et place de la dite Province d’Auvergne », au prétexte « d’assurer définitivement le réveil en France du Rite Écossais Rectifié, tel qu’il y fut jadis pratiqué et tel qu’il est pratiqué actuellement en Suisse, au sein du Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie », ceci étant posé « Le Grand Prieur d’Helvétie, ès qualités, a expressément reconnu le Grand Directoire des Gaules comme puissance régulière, autonome et indépendante du Régime Rectifié en France, avec les pouvoirs les plus étendus pour créer en ce pays toutes Préfectures, Commanderies, Loges de Saint-André et éventuellement, toutes Loges symboliques du Rite Rectifié sous son Obédience, et a salué en la personne du T. Rév. F. Chev. Bienfaisant de la Cité Sainte, Docteur Camille Savoire, in ordine Eques a Fortitudine, le premier Grand Prieur, Grand-Maître National [8].»
– Le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie en 1935, ne réveilla pas simplement le « Grand Prieuré-Grand Directoire d’Auvergne » mais, le « Grand Directoire des Gaules » en tant qu’instance nationale du Régime –
On sera attentif au fait, important s’il en est, que le G.P.I.H., ne réveillait pas simplement par cet acte de mars 1935 le « Grand Prieuré-Grand Directoire d’Auvergne » comme il aurait pu se limiter à le faire eu égard à ses pouvoirs détenus sur la IIe Province depuis 1830, mais, beaucoup plus largement, le « Grand Directoire des Gaules » en tant qu’instance nationale du Régime, ayant à sa tête un Grand-Maître National, également Grand-Prieur, en la personne de Camille Savoire, instance souveraine du Régime Rectifié englobant donc sous son autorité les IIe, IIIe et Ve Provinces de l’Ordre, situées dans le territoire « des Gaules ».
- Le réveil consenti au bénéfice du « Grand Directoire des Gaules » fut tout à la fois un rétablissement du Régime, mais également la réédification d’un « Grand Directoire National » ayant autorité sur les trois Provinces françaises de l’Ordre –
De la sorte, ce réveil, consenti au bénéfice du « Grand Directoire des Gaules », en tant que « puissance régulière, autonome et indépendante du Régime Rectifié en France », en contrepartie de « l’engagement solennel de pratiquer le Rite Écossais Rectifié en conformité des statuts de l’Ordre tel qu’il est encore en usage en Suisse, et notamment de maintenir dans leur intégralité les décisions arrêtées aux divers Convents de Kohlo, en 1772, de Wilhelmsbad, en 1782, et des Gaules, en 1778, tendant à assurer au Rite Rectifié son uniformité » [9], était tout à la fois, certes un rétablissement du Régime dans l’étendue absolue de toutes ses prérogatives et son autorité sur l’ensemble des établissements du système de la Réforme de Lyon, mais également la réédification d’un « Grand Directoire National » constitué sur le modèle du réveil du Régime en 1808 [10], possédant un Grand Maître National afin d’assurer le gouvernement de l’Ordre, ayant autorité sur les trois Provinces françaises.
Notes
[1] « Le procès-verbal du Comité Provincial de la Ve Province, du 21 mars 1826, précise que les Membres « zélés diminuent, sont d’un âge avancé » et que rien ne laisse prévoir que le nombre des Frères puisse augmenter. Le Comité prend la décision de prier le Rev. F. a Testudine de s’entendre avec la Loge de Zurich pour le transfert et la garde des archives de la Province, à charge par la Loge de Zurich de les rendre lors d’un réveil éventuel du Comité. Le 10 mars 1828, le Comité Provincial s’est réuni pour constater, sur la recommandation du Grand Prieuré d’Helvétie et de la Loge de Bâle, que la Loge de Zurich réunissait toutes les conditions pour la conservation des archives, tant par la quantité des Frères Chevaliers que par le local propre à recevoir le dépôt précieux des documents provenant de la Ve Province. Le Comité Provincial a étudié, le 5 juillet 1828, le transfert des Archives. Enfin, le 2 août 1828, après avoir constaté que le Grand Prieuré d’Helvétie avait donné son assentiment à la prise en charge par la Loge de Zurich des Archives de la Ve Province, est signée la convention de dépôt. Le Comité Provincial déclare cesser tous travaux, remettre ses archives à la Loge de Zurich, sous la surveillance du Grand Prieuré d’Helvétie, avec obligation de les restituer dans le cas où, ultérieurement, les travaux pourraient reprendre. Ceci, conformément au Concordat dressé entre le Grand Prieuré d’Helvétie et la Ve Province, le 16 août 1779, ratifié dans la 27e séance du Congrès de Wilhelmsbad. Ont signé, pour la Ve Province : Laurentius a Custodicis, Claudius a Luce, et pour le Grand Prieuré d’Helvétie : Frédéricus a Cineve, Ludovicus a Columbo, Franciscus a Cubo et Antonius a Naphta. » (Cf. A. Moiroux, Eq. a Clementia, Précisions sur quelques points de l’histoire du Régime Rectifié en France, Grand Prieuré des Gaules, 5955). Concernant le « Concordat » de 1779 entre le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie et la Ve Province de Bourgogne, évoqué par André Moiroux, ainsi que l’historique de la Ve Province et son incorporation au sein du Grand Prieuré des Gaules au XXe siècle, par Jean Baylot (1912-1976) Eq. a Libertate, qui en fut le Grand Maître et Grand Prieur, voir : La Ve Province de Bourgogne et sa source « historique » véritable de « légitimité ».
[2] Maharba, A propos du Régime Écossais Rectifié et de la Grande Profession, le Symbolisme n°391, octobre- décembre 1969, pp. 63-67.
[3] Cf. Eq. a Quaestione Studiosa, Notes à propos du Rite Écossais Rectifié, n.p. 2004.
[4] Lors de son Assemblée Générale en 1877, le G.O.D.F supprima de l’article 1er de sa Constitution l’obligation de la croyance en Dieu et à l’immortalité de l’âme, et affirma la « liberté absolue de conscience », décision ayant amené, à compter de 1882 en raison d’une révision des rituels définitivement accomplie en 1887, la disparition de la formule « A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers » de tout document officiel.
[5] Assistaient à cette tenue Savoire, Grand Prieur & Grand Maître National ; Machon, Grand Chancelier ; Wibaux, Wachmar, Devaux, Corbin, Charrière et Edouard de Ribaucourt.
[6] Cf. P. Noël, Le Rite Écossais Rectifié en France au XXe siècle, Cahiers Villard de Honnecourt, n°45, 2ème série, 2001, p. 190.
[7] Voir : « Charte–Patente constitutive du Grand Directoire des Gaules (23 mars 1935) »
[8] Traité d’Alliance et d’Amitié entre le Grand Directoire des Gaules et le Grand Prieuré d’Helvétie, 25 juillet 1935.
[9] Cf. Charte–Patente constitutive du Grand Directoire des Gaules, 23 mars 1935.
[10] Dans une lettre du 19 juillet 1808, Willermoz disait avoir informé : « le Frère Cambacérès de la fondation de la Régularité en le priant d’agréer son élection comme Grand Maître Provincial de chacune des IIe, IIIe et Ve Provinces, « ce qui préparerait, pour une autre époque, la nomination légale à la dignité de Grand Maître National. » (Cf. BM de Lyon, ms 5456, in R. Le Forestier, La Franc-maçonnerie templière et occultiste aux XVIIIe et XIXe siècles, Aubier Montaigne, 1970, p. 889).

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