
Si l’histoire de la IIe Province d’Auvergne est bien renseignée depuis 1935 – la IIIe Province d’Occitanie s’étant mise en sommeil avant la Révolution ne fut « réveillée » quant elle qu’au XXe siècle, exactement en 1974, par Antonin Wast (1901-1973) Eq. Ab Institutione, alors Grand Maître et Grand Prieur du Grand Prieuré des Gaules [1] – la Ve Province de Bourgogne resta pour un temps déposée au seul Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie (G.P.I.H.). D’ailleurs en septembre 1979, au Convent International de Zurich, Jean Granger (1919-1995) Eq. A Rosa Mystica, rappelait que Jean Baylot (1912-1976) Eq. A Libertate, par ses efforts, avait restitué au Grand Prieuré des Gaules, grâce à l’appui de la « Grande Chancellerie de l’Ordre, et du T.R.C. Arnold Gubser, Eques Ab Harmonia, la place enviée qu’occupaient les Ile et IIIe Provinces du Régime Écossais Rectifié en 1782 [2] », ceci signifiant le retour en ses terres des possessions provinciales françaises.
Dans les événements qui marquèrent les étapes de la continuité du Régime, il est vrai, comme le signale Charles Montchal (1855-1928) qui exerça la charge de Grand Prieur du G.P.I.H. de 1909 à 1919, lorsque la Préfecture de Zurich cessa ses travaux le 8 octobre 1885, au lieu de restituer à Genève, c’est-à-dire aux autorités du G.P.I.H., l’ensemble de ses archives, elle les confia à la loge Modestia cum Libertate : « La Préfecture de Zurich en assuma la garde mais quand elle entra à son tour en sommeil, elle refusa, nous ignorons pour quels motifs supérieurs, de se dessaisir d’un dépôt qui appartient de droit au Grand Prieure d’Helvétie et à son Directoire, et non à une simple Loge bleue [3].» Le « motif supérieur » tenait évidemment au fait qu’un Collège, quoique faible et avec un nombre extrêmement réduit de frères, maintenait secrètement l’existence, non de la Ve Province de Bourgogne, mais d’un établissement relevant de la « classe secrète », ceci malgré la cessation d’activité de la Préfecture.

Jean Baylot (1912-1976) Eq. A Libertate
Grand Maître National et Grand Prieur du « Grand Prieuré des Gaules »
En 1958, se déroula le Convent International de Zurich, lors duquel 176 ans après celui de Wilhelmsbad, on envisagea de conférer de nouvel organe central à l’Ordre et de réviser les constitutions originelles afin de les adapter aux nécessités des temps actuels. L’idée d’une Grande Maîtrise Générale fut écartée en raison des difficultés de faisabilité aisément imaginables en cette seconde moitié du XXe siècle, on opta pour la création d’un « Conseil Général de l’Ordre », dont le premier Grand Chancelier fut Arnold Heusser, Eq. a Stella Aurea, auquel succéda ensuite le futur Grand Prieur du G.P.I.H., Arnold Gubser, Eq. a Harmonia. Si la rédaction du « Code général » ne fut jamais achevée en raison des divergences qui apparurent entre les sensibilités respectives du G.P.I.H. et du G.P.D.G., on réaffirma solennellement l’attachement à « l’esprit du christianisme », et le caractère imprescriptible des deux textes fondateurs de l’Ordre rédigés en 1778 lors du Convent des Gaules à Lyon : Le Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées, et le Code Général des Règlements de l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, en soulignant dans la nouvelle Constitution dans son article 4 du titre II :
« Art. 4 : Le nombre des Chevaliers le permettant, un Grand Prieuré est érigé par nation, à savoir un seul. Par ailleurs, le même Grand Prieuré peut comprendre des Chevaliers de plusieurs nations [4]. »
De ce fait, à l’enthousiasme général des participants, tous comprirent que venait d’être rétablie, par le Conseil Général de l’Ordre, une organisation internationale de l’Ordre, ce qui advenait pour la première fois depuis le XVIIIe siècle. On envisagea la création d’un Grand Prieuré en Allemagne de par les contacts établis par le Grand Chancelier Arnold Heusser avec la franc-maçonnerie chrétienne allemande, et d’un Grand Prieuré en Italie.
Deux ans plus tard, en 1960, un autre Convent International eut lieu cette fois à Paris, dont l’objet était la révision de la Charte arrêtée à Zurich en 1958, Jean Baylot expliquant :
« Cette charte de Zurich est-elle satisfaisante et donc est-elle définitive ? Force est de constater que, dès 1960, au Convent international à l’occasion duquel nous avions la joie de les accueillir à Paris, nos Frères suisses la remettaient en question. Pourtant le Statut de Zurich leur conférait une position privilégiée ; au dernier moment, dans un esprit d’extrême libéralisme et pour tenir compte de leurs propres difficultés du moment, on avait admis de substituer au Conseil Général composé de membres des divers pays, un Conseil en majorité suisse, qui, s’il abusait de ses pouvoirs, ce que nous ne voulons pas penser, livrerait la totale direction de l’Ordre au seul Grand Prieuré d’Helvétie. Mais nous savons que les meilleurs freins sont dans la conscience fraternelle plutôt que dans les règlements [5].»
C’est à l’occasion de ces deux Convents successifs, que Jean Baylot fut tout d’abord reçu en 1958 dans le Collège de Zurich, puis lors du Convent de Paris, installé comme Président d’un Collège Métropolitain qui se mit à fonctionner au sein du Grand Prieuré des Gaules. En conséquence, Jean Baylot décida – eu égard au fait des principes de la classe secrète de la Profession et des prérogatives du Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie, « Genève possédant directement les droits et privilèges d’Auvergne ; et, par l’intermédiaire de Zurich, les archives et les droits de la Bourgogne » [6] -, de restaurer, dans le cadre des Provinces françaises de l’Ordre, et en sa qualité de Grand Maître National et Grand Prieur du Grand Prieuré des Gaules, les prérogatives de la Ve Province de Bourgogne.
Qu’écrivait Jean Baylot au sujet de la légitimité à laquelle il se référait pour réaliser cette restauration de la Ve Province de Bourgogne ?
Voici la réponse :
« Faut-il apprécier les relations avec le Grand Prieuré d’Helvétie ? En en parlant, nous croyons faire allusion à nous-mêmes. Avec nos Frères suisses, nous avons une collaboration étroite, sans le moindre nuage, la plus petite difficulté. Il ne s’agit pas de Frères d’un autre pays, mais d’une partie de notre propre institution. Notre Grand Chancelier International est là, visiteur aussi affectueux que fidèle. Je ne pense pas qu’il nuance mes propos sinon pour les souligner. Si nous en avions douté, les quatre journées vécues à Lyon, dans l’automne 1973, nous auraient convaincu d’une véritable intégration, désormais ignorante des barrières nationales. Le Congrès de Zurich, en 1958, a créé un véritable Ordre international. La vie quotidienne concourra à rendre sa cohésion toujours plus étroite […] Genève est devenu le Sanctuaire du Rite [7]. »
*
En conséquence, le Régime Maçonnique Rectifié, n’a pas à attendre aujourd’hui d’une instance quelconque, dont on se demande bien d’où proviendrait sa douteuse validité, un hypothétique « réveil initiatique authentique » (sic) qui lui ferait prétendument défaut, puisque ce « réveil » a été déjà réalisé et mis en œuvre il y a de longues décennies, ceci expliquant pourquoi c’est en se plaçant dans le cadre juridictionnel et organisationnel de la IIe Province d’Auvergne, IIIe Province d’Occitanie et Ve Province de Bourgogne, et dans l’héritage de ce qu’entreprit Jean Baylot afin de redonner à l’Ordre la plénitude de sa légitimité, que se trouve l’unique manière d’accomplir une vie initiatique conforme aux critères posés par Jean-Baptiste Willermoz au XVIIIe siècle, et non pas en s’égarant dans des reconstructions chimériques de l’Histoire, et des forgeries invalides motivées par des ambitions autant dérisoires qu’illusoires.
Notes.
[1] « En 1935, Camille Savoire, notre premier Grand Prieur, installa le Grand Prieuré des Gaules en Puissance Souveraine; Régente du Rite reprenant les pouvoirs des IIe et IIIe Provinces. » (J. Baylot, Dans la spiritualité de l’Ordre, Les Cahiers Verts n°1, 1970, p. 23.)
[2] J. Granger, Conférence du Grand Maître et Grand Prieur des Gaules, Jean Granger, au Convent international de Zurich, septembre 1979, Les Cahiers Verts n°5, 1980, p. 81.
[3] C. Montchal, Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie Régime Écossais et rectifié, 4e édition revue et corrigée Kundig, 1926, p. 80. Confirmation de la conservation du dépôt : « Les Actes par lesquels le Grand Prieuré de Bourgogne a remis ses pouvoirs (1828) au Gr. Pr. Indépendant d’Helvétie, ainsi que ses archives, sont encore resté en dépôt dans la Loge ‘‘Modestia cum Libertate’’ à Zurich. » (Cf. Fonds Ribaucourt, archives privées).
[4] Constitution de l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, arrêtée au Convent Général de Zurich tenu du 12 au 14 septembre 645/1958.
[5] J. Baylot, op. cit., p. 45.
[6] Cf. Fonds Ribaucourt, op.cit.
[7] J. Baylot, op. cit., p. 61 ; 63.
